L’ancien maître nageur a connu une ascension fulgurante jusqu’à devenir le patron du Nasdaq, la bourse électronique des Etats-Unis. Après avoir fait
fortune en créant sa société, la Madoff Investment Securities, Madoff a conquis la confiance de la bourse New Yorkaise, avant d’acquérir celle de ses futures victimes. Bernard Madoff est à
l’origine de « l’escroquerie du siècle » avec 50 milliards de dollars détournés. Retour sur ce rêve américain de Wall street qui s’est transformé en cauchemar économique
mondial.
Malgré l’ampleur du scandale, la méthode utilisée par « Bernie », surnom donné par ses collègues, n’est ni nouvelle ni sophistiquée.
En effet, Madoff s’est inspiré de Charles Ponzi et de sa célèbre Pyramide : sa technique consistait à rémunérer les clients les plus anciens grâce aux entrées d’argent des nouveaux clients. Aussi étonnant que cela puisse paraître, ce principe a été mis en application pendant une cinquantaine d’années, sans que le financier soit inquiété. Jusqu'à ce fameux jour du 12 décembre 2008 où le pot aux roses est découvert, en pleine crise économique. C’est d’ailleurs en partie grâce à cette crise que le système pyramidal s’est effondré, les victimes voulant récupérer les fonds investis.
Des victimes internationales
Les cibles de Madoff sont diverses, en passant par le théâtre de Broadway, les partis politiques, ou encore les associations caritatives financées par l’escroc philanthrope. Les Banques font également parties des victimes les plus touchées par le scandale : HSBC au Royaume Uni, Santander en Espagne, ou encore BNP Paribas et Natixis en France. Cependant, ces banques ne sont pas totalement innocentes dans cette affaire. L’avocate d’affaire luxembourgeoise Isabelle Wekstein juge ainsi qu’elles détiennent une part de responsabilité : « les banques dépositaires qui ont placé, directement ou non, l'argent de leurs clients chez Bernard Madoff ne sont pas des victimes, elles sont responsables auprès de leurs clients ».
Les effets collatéraux : des suicides par culpabilité
Plusieurs suicides ont suivis la découverte du scandale. Ces gestes malheureux sont la conséquence tragique d’une culpabilité profonde due aux importantes pertes financières engendrées par la gigantesque escroquerie. Ainsi, Thierry de la Villehuchet, un financier français qui levait des fonds en Europe pour les investir dans la société de Madoff s’est donné la mort dans son bureau de New York la semaine dernière. « Il n'a pas supporté la course à la recherche des responsabilités à laquelle se sont livrés les Européens. C'est l'adieu de quelqu'un qui n'avait rien à se reprocher » explique un de ses proches.
L’une des cent plus grosses fortunes du monde (selon le magazine Forbes), l’allemand Adolf Merckle, s’est également suicidé, après avoir misé la richesse familiale en bourse. Enfin, Hier, un autre suicide s’est produit à Chicago, celui de Steven L. Good, qui dirigeait une société de ventes immobilières Sheldon Good & Co.
Le grand public concerné ?
Ces pertes concernent en grande partie les grosses fortunes, les banques et les associations financées par Bernard Madoff, mais aussi, et dans une moindre mesure, le grand public.
La ministre de l'Economie, Christine Lagarde, déclarait ainsi la semaine dernière que les "dommages" de l'affaire Madoff révélés mercredi par l'Autorité des marchés financiers dans certains fonds français ( les OPCVM, Organismes de placements collectif de valeurs mobilières) "étaient limités" et ne concernaient "pas le grand public". Cependant, l’Autorité des marchés financiers (AMF) précisait dans le même temps que les épargnants pourraient être touchés à hauteur de 500 millions d’euros par cette fraude. Les conséquences du scandale ne sont donc pas encore totalement manifestes.
Un scandale qui aurait pu être évité
Quatre enquêtes ont été menées de 1992 à 2007 par le gendarme américain des marchés le SEC (Securities and Exchange Commission) sur les activités douteuses du financier de Wall Street, mais aucune n’a aboutit. Pourtant, en 1999, un concurrent de Madoff, Harry Markopolos avait déjà tenté d’alerter cette institution du danger représenté par le travail de l’ex patron de Wall Street : « Madoff securities est le plus gros schéma de Ponzi du monde » affirmait-il alors.
Toutefois, d’autres indices auraient du avertir les régulateurs de ce qui se tramait dans la société de Madoff. Les retours sur investissements promis atteignaient 10% et 11% chaque année, quelle que soit la conjoncture économique. De quoi étonner un étudiant en économie. Andrew Lo, économiste américain reconnu, a démontré qu’une telle régularité sur une certaine période n’était pas toujours bon signe. Selon lui, cela peut signifier que « les investissements n'ont pas été évalués assez précisément, et que les résultats annoncés ne sont que des estimations parfois grossières ». Grossière, comme l’erreur commise par Madoff : avouer ses agissements frauduleux à deux de ses enfants, également salariés de sa société. Qui se sont précipités à la police pour dénoncer leur père. Qui aime bien châtie bien ?
Je suis sure que vous vous posez cette question.

